2B - Pruno
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Situé sur le versant oriental de la Corse, au cœur de la région de la Castagniccia (plus précisément dans l'ancienne pieve d'Ampugnani), Pruno est un village qui incarne l’âme de la montagne corse. Son histoire est un mélange de résilience pastorale, de culture de la châtaigne et de résistance.
Comme beaucoup de villages de Castagniccia, Pruno s'est construit sur une ligne de crête pour des raisons stratégiques. Au Moyen Âge, la région est sous l'influence de seigneurs locaux avant de passer sous le contrôle de la République de Gênes. Les maisons hautes et serrées servaient de remparts naturels. Le village domine la vallée de la Casinca, offrant une vue imprenable qui permettait autrefois de guetter les incursions barbaresques venant de la mer. Véritable cœur du village l'église Santa Maria témoigne de l'importance de la religion dans la vie communautaire médiévale et baroque.
L'histoire de Pruno est indissociable de celle de la Castagniccia (la "châtaigneraie"). À partir du XVIe siècle, sous l'impulsion des Génois, la culture du châtaignier se généralise. La châtaigne, surnommée "l'arbre à pain", permet à une population dense de survivre en autarcie. Pruno devient un centre de production de farine de châtaigne, de bois et de charcuterie (grâce à l'élevage de porcs en liberté dans les forêts). Cette période de relative prospérité a permis la construction de grandes demeures de granit que l'on peut encore admirer aujourd'hui.
Pruno n'est pas resté à l'écart des luttes pour l'indépendance de la Corse menées par Pasquale Paoli.
La région de l'Ampugnani, dont fait partie Pruno, était l'un des foyers les plus ardents du nationalisme corse. Les hommes du village ont participé aux nombreuses assemblées (les Cunsulte) et aux combats contre les troupes génoises puis françaises.
Le village est intimement lié à un « raté » industriel. En 1884, une usine de tanin fut construite sur la commune, associée à une scierie. L’ensemble fit que les châtaigneraies des alentours fournirent des châtaigniers pour faire des planches. L’exploitation et la transformation des châtaignes fut ainsi sacrifiée. Résultat : une catastrophe pour le village qui perdit rapidement sa principale ressource pérenne (*).
Au début du XXe siècle, comme l'ensemble de l'intérieur de l'île, Pruno a souffert de la Grande Guerre qui a décimé la population masculine jeune et de l'exode rural. Le déclin de l'économie de la châtaigne a poussé les habitants vers les villes (Bastia) ou vers le continent et les colonies.
Cependant, depuis quelques décennies, le village connaît un renouveau. La restauration du patrimoine et le retour d'une agriculture de qualité (charcuterie AOP, miel, farine) permettent à Pruno de maintenir une identité forte et vivante.
Vous serez charmés par les ruelles pavées qui sont un exemple d'urbanisme montagnard corse. Le sentier des crêtes offre un panorama allant des sommets du Monte Cinto jusqu'à l'archipel toscan par temps clair.
C'est un village qui se mérite, où le temps semble s'être arrêté pour préserver l'authenticité de la "Corse profonde". Pruno est dorénavant intégré au Parc régional de la Castagniccia, entouré par des forêts protectrices.
(*) « Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne. » Aldous Huxley.