2B - Morosaglia
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Située au cœur de la Castagniccia, la commune de Morosaglia (Merusaglia) occupe une place sacrée dans la mémoire collective corse. Bien plus qu’un simple village de montagne, elle est le berceau de l’identité politique moderne de l’île, indissociable de la figure de Pasquale Paoli.
Le nom de Morosaglia dériverait de Muro (mur) et Saglia (crête), évoquant sa position stratégique surplombant la vallée du Golo. Historiquement, le village s'est développé autour de plusieurs hameaux (Stretta, Terriccio, Valle). En réalité, il est composé de plusieurs hameaux et lieux de vie, au nombre de dix-neuf !
Dès le Moyen Âge, la région s'intègre à la "Terre de Commune". L'introduction massive du châtaignier par les Génois transforme le paysage et l'économie, permettant une poussée démographique dans ces zones de moyenne montagne.
Morosaglia était le chef-lieu de la piève (circonscription religieuse et administrative) de Rostino, un territoire réputé pour son esprit d'indépendance et sa ferveur religieuse.
C’est au XVIIIe siècle que Morosaglia entre dans la grande Histoire. Le village devient le centre névralgique de la Révolution Corse contre la République de Gênes.
En 1725, Pasquale Paoli naît au hameau de la Stretta. Son père, Hyacinthe Paoli, est déjà l'un des chefs de l'insurrection. Après un exil à Naples, Pasquale revient en 1755 et est proclamé Général en chef de la Nation Corse.
Bien que Corte soit la capitale administrative et militaire, Morosaglia reste le cœur intellectuel et affectif du gouvernement paolien avec, en toile de fond, la Constitution de 1755 inspirée par les principes des Lumières. Elle préfigure la démocratie moderne en accordant le droit de vote aux chefs de famille (y compris pour les femmes, mais c’était déjà le cas sous domination génoise dans certains cas). Une presse est installée au village pour diffuser les « Ragguagli dell’Isola di Corsica », le journal officiel de la jeune nation, propageant les idées de liberté à travers l'Europe.
Le couvent franciscain de Morosaglia a joué un rôle crucial. Au-delà de sa fonction religieuse, il servait de lieu de réunion pour les Consultes (assemblées nationales). C’est ici que les chefs de la résistance s'organisaient. Il abrita plus tard une école de renom, conformément à la volonté de Paoli d'instruire le peuple corse pour garantir sa liberté.
Après la défaite de Ponte-Novo en 1769, la Corse passe sous domination française. Morosaglia entre dans une phase de résistance passive, puis d'intégration lente.
Exilé et mort à Londres en 1807, Pasquale Paoli n'oublie jamais son village natal. Par testament, il lègue des fonds pour créer une école au village. En 1889, ses cendres sont ramenées de l'abbaye de Westminster pour être déposées dans la chapelle funéraire de sa maison natale, transformée depuis en musée départemental.
Aujourd'hui, Morosaglia est un lieu de pèlerinage pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la démocratie. Le Musée Pasquale Paoli installé dans la maison familiale conserve des objets personnels, des manuscrits et le buste célèbre du général par Ceracchi.
Un édifice remarquable témoigne de la richesse artistique de la piève de Rostino. C’est l'Église Sainte-Réparate (citée dans cet atlas).
Au début du XXème siècle, une mine de cuivre était exploitée à Ponte-Leccia sur les rives du Golo. Une douzaine d’ouvriers y travaillaient en 1901 et étaient employés par la « Société des Mines de Ponte-Leccia ».
Morosaglia demeure le symbole de la "Nation Corse", un village où l'architecture austère de schiste gris contraste avec l'audace des idées politiques qui y sont nées, influençant, dit-on, jusqu'aux rédacteurs de la Constitution américaine. Le hameau de Ponte-Leccia, situé à 200 mètres d’altitude, est devenu une ville à lui seul (mille habitants). C’est un carrefour important des voies de communication entre Bastia, Corte et Ajaccio.